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Pourquoi mon site WEB ?
Soyons direct et franc: pour faire connaître ce que j’ai écrit et peint.
Pour faire connaître ces oeuvres, il existe des maisons d’édition et des expositions. C’est loin d’être toujours d’accès facile. Et aujourd’hui, il existe d’autres moyens de communication, plus accessibles, du moins pour moi.

<< Mais pourquoi donc vouloir à tout prix vous faire connaître et offrir les productions de votre esprit? Êtes- vous sûr que cela puisse rendre service à vos contemporains et à la postérité?
– Je ne le sais pas plus que vous. Seulement, je crois que c’est un désir légitime, mêlé d’orgueil, cela va de soi, comme à peu près tout ce que nous faisons.>>
Il y aurait sûrement un moyen très facile, sinon efficace, d’éviter la pédanterie et l’outrecuidance. Ce serait de ne rien faire, ou du moins de tout garder pour soi. On peut bien se demander si cette vertueuse stérilité est bien utile pour nos frères humains. Si, dans le passé, tous les hommes, par modestie, s’étaient abstenus d’écrire, de peindre, de sculpter, de composer des poèmes ou des symphonies, ils auraient peut-être cultivé leur humilité – ce qui est loin d’être sûr – , mais ils ne nous auraient sûrement pas cultivés, nous.

<<Oui, mais ils avaient du génie ou du moins du talent, eux!
– Tandis que moi, je n’ai que mon intelligence et mon coeur… Et tout comme vous, peut-être, si j’attends d’avoir du talent et du génie, ça peut prendre toute une vie et bien davantage. Mais avec mon intelligence et mon coeur, il me semble que je peux faire quelque chose de plus utile que de rester muet, même si un nombre effrayant d’humains n’auront jamais l’occasion ou le goût d’entendre les airs de ma flûte.

Et une autre très bonne raison de vouloir faire connaître mes oeuvres, c’est que personne, mais personne, n’est obligé de lire mes textes ou de regarder mes tableaux.
– Mais au moins, vous pourriez en faire un commerce, et les offrir à bons ou mauvais prix. Ça leur donnerait du prix.
– Ça, c’est vrai. C’est bien connu: ce qui ne coûte rien, ça ne vaut pas cher. Le Petit Prince nous a dit que les grandes personnes aimaient beaucoup les chiffres: ça les protège de l’essentiel. Est in-signifiant pour eux ce qui ne peut être chiffré, comme le soleil quotidien gratuit et l’arrivée gratuite de l’hirondelle qui fait le printemps.>>

 * *

J’ai pensé faire plaisir aux lecteurs éventuels en ne leur donnant pas ma photo à contempler. Beaucoup des textes offerts ici ont été écrits quand j’étais encore un beau jeune homme, en pleine efflorescence.
Tu as raison de conclure que depuis lors je suis devenu un peu plus vieux. <<Les ans en sont la cause>>, a dit La Fontaine. Alors, certains, en voyant ma photo, y verraient un excellent prétexte pour ne pas lire mes textes ou pour ne pas regarder mes tableaux. Sous prétexte que… D’autres, subtils psychologues plus ou moins vicieux, chercheraient à voir comment mes écrits et mes tableaux révèlent le fin fond de mon ÇA.

Mais le lecteur normal, lui, quel profit tirerait-il à comparer ma photo et mes textes pour y trouver confirmation de son admiration ou de sa rage? Si par hasard, en l’an 2,500 après Jésus-Christ, un lecteur égaré lit mes textes en tout ou en partie, les comprendra-t-il mieux s’il peut les mettre en relation avec ma photo d’aujourd’hui? Si je dis à mon libraire: <<Je t’achèterai un exemplaire de L’Iliade, à la condition que tu me fournisses en même temps la photo la plus récente d’Homère>>, que penserait le libraire, en me regardant bien en face, très étonné? Et toi qu’en penserais-tu, non pas d’Homère et du libraire, mais de moi?

Imaginons encore: si j’achète l’oeuvre musicale d’Erik Satie, Morceaux en forme de poire, devrai-je, au moment de les écouter, regarder les photos d’Erik et d’une poire ou, mieux encore, manger une poire, pour être sûr de bien assimiler l’oeuvre? Si ces deux hypothèses vous semblent pertinentes pour justifier mon choix, je vous laisse contempler d’autres visages que le mien. Il n’en manque pas. Vous en trouverez, par exemple, plein les dictionnaires, dans Playboy et dans les catalogues Sears. Avec les poses nounounes et aguichantes appropriées.

Et puis dites-moi: quelle pose devrais-je prendre pour séduire le lecteur? Celles des journalistes de la télévision qui croient indispensable de se faire photographier sous plusieurs angles, dans des poses longuement étudiées et répétées, pour montrer qu’ils sont disponibles et à l’écoute des téléspectateurs qui, eux, ne peuvent pas leur parler? Ainsi, le journaliste Maisonneuve, pour nous inviter à suivre attentivement son émission Maisonneuve à l’écoute, disait à ses metteurs en scène de nous montrer à l’écran son oreille gauche, en gros plan, énorme, poilue et grande ouverte. La photo avait pour objectif de nous faire rapidement comprendre qu’un gars avec de si grandes oreilles avait sûrement une <<grande capacité d’écoute>>, nous disait-on, grandes oreilles capables, comme les oreilles géantes des radars de l’agence d’espionnage Echelon, de capter tout ce qu’on disait de louche sur la scène nationale et internationale. C.Q.F.D. Et puis, si on tient à tout prix à me voir au naturel, qu’on s’adresse à la GRC. Dans ses archives, elle a sûrement une de mes photos.